Les féministes sont-elles des victimes?

Suite à #Metoo et à #balancetonporc, face au pas en avant du droit des femmes, les anti féministes ont voulu réagir. Certaines femmes, notamment Catherine Deneuve et ses 100 camarades, ont pris le parti anti féministe (elles appellent ça « le-féminisme-c’était-bien-pour-avoir-le-droit-de-vote-mais-maintenant-ça-va-trop-loin »), le parti « pour les hommes » (no comment) et ont décidé d’utiliser leur temps et leur notoriété pour critiquer et décrédibiliser l’initiative et le mouvement. J’ai décidé aujourd’hui d’aborder un de leurs arguments majeurs, celui qui ne donne visiblement vraiment pas envie d’être féministe, à savoir: « moi je ne suis pas une féministe, parce que je ne suis pas une victime ».

Admettre les violences faites aux femmes

Rappelons les chiffres du gouvernement: « Sur 1 an au cours des 12 mois précédant l’enquête, 52 400 femmes et 2 700 hommes ont été victimes d’au moins un viol. Sur 1 an au cours des 12 mois précédant l’enquête, plus d’un demi-million de femmes (553 000) ont été victimes d’agressions sexuelles autres que le viol (11% attouchements du sexe, 95% attouchements des seins/fesses ou baisers imposés par la force). Au cours de sa vie, 1 femme sur 26 est violée, 1 sur 7 est agressée sexuellement. » #Metoo et #balancetonporc appuient ces chiffres, c’est désormais un fait que tout le monde connaît: la grande majorité des femmes a subi des violences sexuelles et du harcèlement. Pour les personnes qui croyaient vivre dans le pays des droits de l’Homme, qui croyaient que depuis la fin du Moyen Âge et l’obtention du droit de vote, les femmes vivaient en paix, c’est une vérité difficile à admettre. Mais ce sont des faits, et même si ça ne plaît pas aux anti féministes, ils ne peuvent plus nier l’existence des violences faites aux femmes.

Bien entendu, s’il y a violence, il y a un agresseur et une victime. Mais puisque que pour certains, il est trop difficile de s’intéresser aux agresseurs et de savoir qui ils sont (bonjour l’affaire Caroline de Haas); on va aller voir du côté des victimes. Parce que si il y a autant de viols et d’agressions, ça fait que les femmes sont victimes. Et ça, ça fait mal. C’est toujours très douloureux d’admettre qu’on a subi de la violence. Face à cela, plusieurs réactions sont possibles: de la colère, de la peur, de la tristesse…et du déni. Alors peut être que Madame Deneuve et ses compagnes n’ont réellement pas vécu ces agressions, ou peut être que si. En tout cas, ce qu’elle déclarent, c’est qu’elles refusent d’être victime.

Être une victime, qu’est-ce que ça veut dire?

Pour beaucoup de gens, être une victime, c’est un problème. Mais souvent, le problème dans le fait d’être victime, c’est moins le fait qu’on nous ait fait du mal que le fait de se voir passif.ve et impuissant.e. Le mot victime est connoté aujourd’hui, parfois on se moque de certaines personnes en disant « c’est une victime », et on se défend en répondant « je suis pas une victime ». Être une victime,  apparemment, c’est mal. Pour revenir sur ce jugement, il faudrait revenir bien sûr sur la culture du viol et la responsabilisation de la victime, mais ce n’est pas le sujet alors je compte sur votre honnêteté intellectuelle pour vous renseigner. Bref, en gros, être une victime c’est une mauvaise chose, parce que ça veut dire qu’on a pas su éviter la violence voir qu’on l’a provoquée par notre manière d’être (les personnes qu’on accuse d’être des victimes étant des personnes introverties et timides qui ont du mal à répondre, qui, selon le langage commun, « se laissent faire »). Aux femmes qui refusent d’être féministes parce qu’elles ne veulent pas être victimes, le féminisme répond d’abord qu’être une victime ce n’est ni mal ni honteux.

Être féministe: être forte

On pourrait expliquer la phrase « pas une victime » par un féminisme un peu daté ou superficiel, qui consiste à dire que les femmes sont fortes et donc pas des victimes. Mais pour produire cette rapport entre victime et force il faudrait avoir raté tous les films de super héros et les blockbusters qui ont pourtant bien travaillé à rabâcher l’idée qu’être fort ce n’est pas forcément être inébranlable et intouchable. Je vais donc revêtir mon costume de Captain America ainsi que son regard niais et vous apprendre qu’être fort, c’est aussi avoir et accepter ses faiblesses et ses blessures, c’est savoir se relever après une défaite, bla bla bla. Bref j’en reviens pas de devoir rappeler qu’on peut avoir été victime de violence un jour et être ultra ultra forte. Et la plupart du temps c’est ça être féministe, en fait.

Quand le féminisme parle des violences faites aux femmes, ce n’est pas pour faire du BFMTV et faire pleurer dans les chaumières sur le triste sort de chacune, on n’est pas là pour l’apitoiement généralisé. Quand on dit #metoo, quand on présente les chiffres, ce n’est pas pour réclamer de la pitié, c’est pour réclamer justice. Nous déclarons avoir été victimes de violence, et nous souhaitons voir nos agresseurs traités comme tels. Et nous les dénonçons, malgré les menaces et les insultes reçues. Et ça c’est être forte et courageuse.

Pour combattre et mettre fin à une violence il faut d’abord prouver qu’elle existe, la percevoir, en délimiter les contours. Le féminisme a créé des concepts, récolté des témoignages, des chiffres, écrit des rapports et des livres théoriques de sociologie pour prouver que les violences faites aux femmes existent, et maintenant les féministes demandent la fin de ces violences. Donc le féminisme c’est plus qu’une histoire de victime, contrairement à ce qu’on laisse entendre. Admettre qu’on est victime n’est que le point de départ pour reconquérir la puissance et le droit d’exister en tant que femme. Ce n’est pas se réduire à ses agressions que de les admettre, car admettre qu’il y a un problème est la première étape pour le résoudre et pour s’en libérer. Oui, les femmes sont victimes de violences, mais elles ne sont pas pour autant faibles ni fautives. Nous ne devrions pas avoir honte de se déclarer victimes, et nous devrions être fières de l’assumer.

 

 

Je voudrais conclure en disant que le féminisme n’a jamais été une manière de se complaire dans le chagrin au fond d’une cave. Il est là pour nous, pour vous. Il nous libère du poids de la peur et nous aide à devenir plus fortes. C’est pourquoi moi, je suis féministe.

 

 

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2 commentaires sur “Les féministes sont-elles des victimes?

  1. Hey! super article. ça fait plaisir de voir enfin quelqu’un qui ne dit pas « victime » comme insulte >. >
    en vrai, je pense que c’est devenu une insulte en parti à cause de la masculinité toxique (côté masculin en tout cas), parce qu’être victime ça fait de toi un mâle bêta, un homme faible et dominable, et je trouve ça vraiment dégueulasse et injuste d’utiliser victime comme insulte envers quiconque.
    merci à toi c:

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    1. Grave. Ben moi aussi je l’ai vécu (gt timide lol) mais c’était effectivement sûrement plus difficile en tant qu’homme parce qu’en effet ya un rapport à la masculinité (savoir dominer, être pris au sérieux). Mais oui clairement il faut dire qu’être victime c’est pas mal, encore une fois on ferait mieux d’aller demander des comptes aux agresseurs et aux emmerdeurs plutôt que de se moquer des autres sur des motifs nuls… ._. Merci pour ton commentaire !!

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